3.1.2 - Expérience : Atlantique

 

ATLANTIQUE

Un aperçu de l’étendue du domaine d’action des gestionnaires de la Réserve naturelle nationale de la Baie de l’Aiguillon

Dans la gestion des AMP, rares sont celles qui fonctionnent en circuit fermé. La présence d’un patrimoine naturel d’importance dépend toujours de la fonctionnalité d’un site, dépendant à son tour de multiples facteurs extérieurs. La Réserve naturelle nationale de la Baie de l’Aiguillon, gérée par l’ONCFS et la LPO, n’échappe pas à cette règle.

Cette dépendance de l’AMP à des facteurs extérieurs rend toujours diffi cile la rédaction des documents de planifi cation des réserves naturelles que sont les plans de gestion. nous devons prendre en compte le fonctionnement écologique de nombreuses espèces et habitats dans leur environnement global : la notion d’échelle d’analyse prend alors toute son importance ! Aussi, différentes problématiques ont été soulevées lors de l’élaboration du plan de gestion 2013- 2022 posant clairement la question du domaine d’action du gestionnaire.

Par exemple, pour assurer un bon hivernage des canards de surface qui utilisent la baie comme remise et nécessite la prise en compte des zones de gagnage situées dans les zones humides du Marais Poitevin, nous devons mener une analyse globale de l’état des populations aussi bien à l’échelle bio-géographique qu’à l’échelle locale pour permettre de conforter le potentiel d’accueil des espèces sur site. Il nous faut également investir le côté terrestre, dans les politiques agricoles locales (mesures agri-environnementales) ou dans la stratégie de création d’espaces protégés terrestres, pour maintenir les zones humides.

Pour de nombreuses espèces de limicoles hivernants et migrateurs, la baie de l’Aiguillon n’est qu’un élément important parmi d’autres sur le trajet migratoire.

Il a été montré pour la barge à queue noire, espèce emblématique de la baie, qu’elle pouvait fréquenter au cours de sa période d’hivernage l’ensemble des sites protégés des pertuis, l’évolution des ressources alimentaires expliquant cette mobilité régionale. Ainsi, la bonne conservation de nombreux oiseaux migrateurs passe par des mesures de conservation appropriées sur ce trajet, la complémentarité des sites protégés étant ainsi essentielle. Localement, cela se traduit par une coopération avec les gestionnaires des autres AMP des pertuis charentais : Rnn de Moëze-Oléron, des marais d’Yves, de Lilleau des niges, Réserve de la pointe d’Arçay (comptages simultanés, travaux de recherche sur les stratégies alimentaires de cette espèce sur l’ensemble des sites, en lien avec la recherche et l’Université de la Rochelle). La compréhension du fonctionnement d’une espèce nous aide à conduire une politique de gestion cohérente et prenant en compte les bonnes échelles de gestion.

La baie de l’Aiguillon est également soumise à des contraintes naturelles venant des pertuis charentais comme la sédimentation (plus ou moins infl uencée par les activités anthropiques), mais aussi soumise à la gestion hydraulique en amont, qui conditionne les apports qualitatifs et quantitatifs des eaux. Le gestionnaire doit donc sortir de ses limites pour infl uer sur les politiques publiques locales ou régionales menées sur l’eau.

En définitive, pour la RNN de la Baie de l’Aiguillon, aire marine protégée littorale, participer à une cascade de politiques publiques maritimes ou terrestres, en veillant à l’atteinte des objectifs du plan de gestion, est notre quotidien de gestion. C’est pour cette raison que les gestionnaires d’AMP des pertuis charentais se doivent d’intervenir conjointement et de manière coordonnée, pour renforcer la fonctionnalité de leur site et contribuer à la cohérence des politiques publiques environnementales.

Emmanuel Joyeux, Conservateur, Réserve naturelle nationale de la Baie de l’Aiguillon (Vendée)..

 

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